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Le 9 juillet un communiqué du président de l'ECF nous apprenait le décès de notre collègue Pierre Naveau, qu'Isabelle Galland,  présidente des PF avait reçu à Strasbourg en 2016 à l'occasion de la parution de son livre, et dont vous pouvez ici réécouter l'intervention.

Emmanuelle Chaminand Edelstein, Thérèse Petitpierre, et Stella Harrison, nous adressent à cette occasion leur témoignage que vous pourrez lire en bas de page

 

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FREQUENCE PF> "Psychologues Ecrivains",

c'est aussi les diffusions en video des conférences à la faculté de psychologie de Strasbourg

en première page de notre site via le diaporama avec les invités suivants:

- Le désir foudroyé avec Sonia Chiriaco

- Freud et l'énigme de la jouissance avec Armand Zaloszyc

- Hors-corps avec Françoise Labridy

- Le corps pris au mot avec Hélène Bonnaud

- Elles sont choisi avec Stella Harrison et Fabian Fajnwaks

- Souffrances Au Travail - Rencontre avec des psychanalystes avec René Fiori et Elisabeth Gurniki

- Homoanalysants avec Hervé Castanet

- Vie éprise de parole et La vraie vie à l'école avec Philippe Lacadée

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La passion de la contingence Emmanuelle Chaminand Edelstein

17 janvier 2003, 19h – J’ai rendez-vous avec celui qui sera mon analyste pendant dix-huit ans. Je lirai beaucoup de ses articles, travaillerai ses livres et suivrai certains de ses enseignements à l’École. Les hommes, les femmes, les semblants, entre autres, – séminaire avant-coureur d’un de ses livres incontournables, Ce qui de la rencontre s’écrit – nous occupa durant des mois en atelier de lecture. Sa rigueur pour rendre compte de l’enseignement de Lacan et du cours de Jacques-Alain Miller, son énonciation quand il prêtait sa voix à ses textes vont nous manquer. Ses écrits sur l’interprétation et le silence de l’analyste orienteront mon travail clinique et celui de tant de collègues. Sa passion pour les arts et pour l’écriture en faisait un interlocuteur précieux lors des nombreux événements auxquels il était invité.
Sa présence incarnée, sur le qui-vive, pour débusquer là où bien souvent je me cachais, ne fut pas entamée, même quand la maladie l’attrapa. Ne parlons pas des contrôles, ils furent décapants !
9 juillet 2021, 19h30 – Des messages d’amis de notre Champ m’apprennent sa disparition avant que je ne lise l’annonce plus officielle. Une seule envie, une seule voie possible, écrire ces quelques mots, pour dire, avec pudeur, tristesse et reconnaissance, la marque indélébile de ma rencontre avec Pierre Naveau. 

 

 

« ÉCRIVEZ ! » - Thérèse Petitpierre


JOUER. Elle l’avait entendu parler du Petit Hans et fut séduite par son talent pour dire le dialogue entre Freud et celui-ci.
Plus tard, en 2010, Pierre Naveau proposa son « petit jeu » dans Le Point du jour, vers les Journées de l’ECF « Je viens pour ça ». Elle proposa quelques lignes signées « Lectrice ». Il les publia.


ACCUEILLIR. Il advint que son analyste mourut, la maladie l’emporta en quelques mois. Elle était en contrôle avec Pierre Naveau depuis peu. La tempête qui menaçait de l’emporter fut telle qu’elle lui demanda s’il voulait bien la recevoir pour elle-même, en analyse.
Il accepta, l’accueillit.


LE REEL. C’était l’année de son enseignement rue Huysmans : « Qu’appelle-t-on le réel ? » Elle travaillait en cartel sur le séminaire inédit de Jacques Lacan, RSI.


INTERPRÉTER. Elle lui rapporta un dit de l’analyste précédente : « Maintenant vous savez surfer sur les vagues. » – « Je ne sais pas surfer sur les vagues, elle s’est trompée. » – « Même les plus grands surfers tombent. »
Elle fit le récit d’une bribe de rêve d’où se dégageait « le lac Trasimène » et ajouta : « je ne sais pas pourquoi j’associe le lac Trasimène à Freud, peut-être a-t-il séjourné sur ses rives. » Elle y alla de ses associations. Il ajouta : « Toutes les traces y mènent, vous n’y avez pas pensé ? »


ENCOURAGER. – « Dans courage il y a cœur. »


SOUTENIR LE DESIR. Elle visite l’exposition « Bacon en toutes lettres », elle en sort bouleversée et dit : « En y allant, je me disais que j’avais déjà vu beaucoup d’expositions consacrées à l’œuvre de Bacon, je savais que j’allais me confronter à des œuvres difficiles et me demandait pourquoi je tenais à y aller malgré tout. » Il s’intéresse à ce qu’elle a vu dans cette exposition, ce qui l’a frappée. « Êcrivez ! Vous avez une manière unique dans notre champ d’écrire sur l’art… Il n’y a pas que la clinique. »


HUMOUR. Elle n’arrivait pas à écrire, lisait, tournait. « Si vous n’écrivez pas, c’est moi qui vais le faire. »


SE SÉPARER. Lui fut difficile, mais possible. Non sans la psychanalyse.


ÊCRIRE, PARLER, MARCHER. Il lui arrive aussi de rire.

 

 

Sais-je plus de trois choses de Pierre Naveau? - Stella Harrison

Jean- Luc Godard avait intitulé son film "Deux ou trois choses que je sais d'elle. "

Sais-je plus de trois choses de Pierre Naveau?
 
Plusieurs de lui m' ont agrippée :
L'une, numéro un, très vite, en un instant, et Pierre Naveau savait saisir et écrire l'instant, est son texte formidable sur ce que je nommerais :  " Oser la perte de l' amour", lorsque l' on mène une cure analytique. Un texte sur la séance courte paru dans La Cause freudienne.
Ce texte m'avait percutée. Pierre Naveau avait écrit le dur des séances courtes. Il y s'agissait, c'est ce que j' avais retenu, en coupant, en stoppant, en quittant son patient, d'oser la perte de l' amour. D'oser incarner celui qui lâche, et du coup, de ce coup, peut vous quitter.

 L'autre, numéro deux, Virginia Woolf. Pierre avait écrit dans l'ouvrage collectif que j'avais dirigé sur Virginia, un texte subtil, grandiose.
Sur Mrs Dalloway. Tressaillant de justesse. Il était un amoureux du détail.
Jamais un sou d' ennui dans ses textes. Que des furtifs scintillements et des trouvailles douces et brèves.

L'avant-dernière, 3, Pierre Naveau écrivit aussi l' an dernier pour la revue Horizon, dont je m' occupais. Sur Vanessa Springora.Alors que je le fatiguai un jour de questions d'édition inessentielles...il m'écrivit, un instant devenu sabre, que je n' avais à toucher la moindre ligne de  son texte...pas une virgule, sous peine de pas de texte du tout.
 
 
HEBDOBLOG consacre son numéro aux textes de Pierre Naveau
 
EN 1989 LORS DES JOURNEES DE L'ECOLE DE LA CAUSE FREUDIENNE, PIERRE NAVEAU FAISAIT ENTENDRE A L'AUDITOIRE SA PREMIERE INTERVENTION AU DEROULE CINEMATOGRAPHIQUE...