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"Nous sommes en deuil.

Le 30 novembre, Serge Cottet, membre de l ECF et de l'AMP, nous quittait.

Le 7 décembre, nous  apprenions le décès de Judith  Miller, membre de l'ECF et de l'AMP, fondatrice du Champ Freudien.

Les psychologues freudiens souhaitent leur rendre hommage :

                                                                                                        DISPARITION DE SERGE COTTET 
                                                                                                     

J'ai rencontré Serge Cottet à l'occasion de plusieurs événements de notre Champ, en ayant toujours été saisie de sa précision, de son exigence à bien-dire. Plus d'une fois, il m'est apparu combien il lui était nécessaire, avant d'accepter un entretien ou d'envoyer un texte, de savoir comment et sur quelles questions il serait en mesure de transmettre du nouveau. Sa rigueur était extrême ; il avait un humour enchanteur.

Je le remercie encore de sa participation précieuse au dossier « Musique et psychanalyse » de l'Hebdo-Blog en 2015 et des indications essentielles qu'il y apporta. Je garderai toujours en mémoire ses... réticences ? Non ! ...Sa prudence subtile quant à ce thème délicat et je le remercie de sa retenue engagée.

Il y a 5 ans moins 3 jours, le 28 novembre 2012, l'Association des psychologues freudiens avait la chance de le recevoir autour de son livre L'inconscient de papa et le nôtre au café de la Mairie à Paris.

Aurélie Pfauwadel avait alors accepté de présenter cet ouvrage lumineux et d'être la discutante de notre soirée. L'Association des PF la remercie de sa rapidité à retrouver son texte que vous lirez ici.

Nous gardons tous en mémoire ce moment éclairant et vif. Joyeux.

La retenue éclairée, engagée de Serge Cottet, son désir, faisons les nôtres, gardons-les fort au fond de nous.

Stella Harrison

 

 

Présentation du livre de Serge Cottet, L’inconscient de papa et le nôtre

28 novembre 2012

par Aurélie Pfauwadel

             Votre livre, L’inconscient de papa et le nôtre, regroupe une quinzaine d’articles, qui ont été publiés entre 1985 et 2010. Au fil de la lecture des articles, par laquelle on traverse une grande diversité de thèmes et de problèmes cruciaux pour la psychanalyse d’aujourd’hui, j’ai été frappée par la forte unité qui s’en dégage et fait véritablement ouvrage. Bien sûr, certains ajouts propres à l’édition du volume, tels l’introduction ou les « chapeaux » en exergue de chaque article, viennent dans l’après coup injecter un certain liant aux textes initiaux. Mais l’unité du livre est plus profonde, plus fondamentale : nous dirions que c’est une unité éthique, et la continuité d’un désir à l’œuvre, d’un positionnement subjectif invariable.

Cette unité se manifeste en premier lieu dans la visée de vos articles. Vous cherchez toujours à y montrer en quoi la psychanalyse reste une pratique résolument actuelle, une praxis « en prise sur le réel, sur ce qu’il y a de plus réel dans le sujet » (p. 7). Vous ne cédez jamais rien sur le tranchant de l’orientation freudienne, sur sa spécificité – tout comme Lacan, à l’époque où il se battait contre les déviations de l’IPA « contre tous les dévoiements psycho-bio-sociologiques qui font à nouveau floresaujourd’hui » (p. 282). Lorsque nous nous sommes réunis avec les organisateurs de cette soirée pour la préparer, nous remarquions que vous aviez un certain talent, un certain art pour semer la peste freudienne. Dans l’un des articles, vous ironisez sur le fait que, dans le contexte actuel, il ne s’agit plus tant de peste que de poil à gratter – néanmoins la démangeaison ne manque pas de tirer le lecteur de son « sommeil dogmatique ».

Ainsi, trois de vos articles sont consacrés à la sexualité des enfants et des adolescents : et vous y rappelez l’un des aspects fondamentaux de la subversion freudienne qui a tendance à être totalement édulcoré aujourd’hui, à savoir l’affirmation d’une sexualité infantile (édulcoré, à notre époque où, je le rappelle, dans les institutions où nous travaillons comme psychologues avec les enfants, le moindre jeu de touche-pipi entre enfants doit être signalé aux autorités sous l’appellation d’« information préoccupante »). Vous mettez en avant le retour d’un aveuglement puritain sur cette question, et d’une idéologie victimaire qui impute les symptômes de l’enfant innocent à des scènes de séduction réelles. La diabolisation actuelle du personnage du pédophile, pire monstre social, hors humanité, nous semble être l’exact corollaire de cette angélisation des enfants.

Sur un autre sujet, vous opposez également l’intolérable vérité freudienne aux « penchants scientistes de la psychanalyse contemporaine » (article de 2005), lorsque les tentatives de superposition de l’inconscient psychanalytique et de l’inconscient cognitif, conduisent à forclore le sujet et à escamoter la dimension de la jouissance.

Confrontées aux sciences dures et à la montée en puissance des thérapies cognitivo-comportementales, certains psychanalystes, en recherche de respectabilité scientifique, font alliance avec les neurosciences. Cela équivaut ni plus ni moins à dissoudre dans la biologie la thèse lacanienne de « l’inconscient structuré comme un langage ». Or, l’inconscient désigne avant tout ce qui rate, ce qui cloche et ce qui manque ; c’est « le nom que la psychanalyse donne à un non-savoir irréductible, au trou dans le symbolique » – ce qui ne saurait, en tout état de cause, trouver d’inscription cérébrale. Sous couvert de dialogue interdisciplinaire, ces psychanalystes soumettent la psychanalyse aux objectifs et aux finalités du discours de la science, alors que c’est l’inverse qu’il faudrait faire : autrement dit, interroger le fantasme qui soutient la science, et l’interpréter comme symptôme.

Les psychanalystes authentiquement freudiens – il n’est pas inutile de le souligner, puisque nous sommes ici invités à discuter par l’Association des psychologues freudiens – sont donc, dites-vous (p. 290) : « ceux qui butent sur la question du réel, et prennent en compte le malaise de la civilisation, la jouissance contemporaine ». À l’époque où la psychanalyse souffre d’un désamour, où l’on stigmatise la psychanalyse en attaquant le nom de Freud, vos articles sont l’occasion d’opérer un « retour à Freud » tel qu’il a été déchiffré par Lacan.

Ainsi, Freud est aujourd’hui présenté comme ringard, has been, pour autant que sa conception du refoulement et du malaise serait dépendante d’une époque historique donnée où la civilisation réprimait la sexualité. Comme ce n’est plus le cas aujourd’hui, Mai 68 ayant ouvert une période de libération sexuelle, les théories de Freud seraient donc périmées et définitivement dépassées. L’époque post-moderne peut être caractérisée par l’effondrement des interdits, des idéaux, des rôles sociaux, l’éclatement de la famille, le brouillage de la différence des sexes, etc. Vous affirmez, dans l’article « Freud et son actualité dans la malaise dans la civilisation » (2007)  que : « De ce point de vue, le programme de la psychanalyse paraît accompli dans le monde (une partie du monde). » Le monde contemporain offre le spectacle d’une civilisation de la jouissance sans limite, où le refoulement n’opère plus, où la recherche du plus-de-jouir n’est plus réfrénée par aucun ordre symbolique qui tienne.

Michel Foucault adressait déjà ce reproche à la psychanalyse, dans La Volonté de savoir, dans les années 70 : il considérait la psychanalyse comme une théorie aveugle au dispositif moderne de sexualité. Dans cette lignée, une pléthore de néo-foucaldiens, deleuziens en tous genres, tenants des genders ou queer studies, décrivent aujourd’hui la psychanalyse comme une pratique normative et conservatrice. Ainsi, dans l’article « Feu sur l’ordre symbolique », vous réagissez à l’ouvrage de Michel Tort (2005), Fin du dogme paternel, qui accuse la psychanalyse de se faire gardienne de l’ordre paternel en perdition, et d’être sexiste, phallocrate et familialiste. Lacan aurait instillé l’idéologie des méfaits de la carence paternelle. Tout comme Foucault et Deleuze à l’époque, Tort ignore les apports de Lacan des années 70, destinés à dissocier l’inconscient et le Nom-du-Père et à affranchir la psychanalyse de l’Œdipe. Invariablement, on a l’impression que, des années 70 à nos jours, les attaques contre la psychanalyse lacanienne s’adressent au Lacan de l’ordre symbolique, disons à la première moitié de son enseignement, avec une méconnaissance complète des apports ultérieurs, et du fait que Lacan fut, d’une certaine manière, le plus grand critique de lui-même.

Ce qui est délicat, dans votre ouvrage, c’est que vous montrez à la fois qu’il y a, en effet, quelque chose de dépassé dans la psychanalyse freudienne et dans le Lacan du symbolique, mais que ce « dépassement » est à comprendre au sens de l’Aufhebung hégélienne : ce qui est à la fois maintenu et dépassé. Ce qui est à la fois maintenu et dépassé, c’est une vision de la clinique du symptôme qui serait entièrement à déchiffrer par le complexe d’Œdipe ou par l’ordre symbolique. Lacan actualise Freud, renouvelle en profondeur les concepts freudiens, et les rend aptes, au prix d’ajustements et de déformations, à décrypter le malaise contemporain et les « nouveaux symptômes » auxquels nous avons affaire aujourd’hui dans la clinique, et que Freud n’avait pas prévus.

Le clinicien constate, en effet, que l’épuisement de l’ordre symbolique a généré de nouveaux symptômes, qui ne sont plus tant à interpréter en termes de conflits qu’en termes d’addictions, de désinsertion, d’égarement. Vous montrez que l’enseignement de Lacan offre des outils adéquats pour tenter de traiter ou de saisir quelque chose à ces nouvelles pathologies de la jouissance. Dans votre article « L’hypothèse continuiste dans les psychoses », vous affirmez que la clinique structurale, fondée sur le concept de forclusion du Nom-du-Père, doit être complétée par une clinique plus fine, une clinique du nœud et de la connexion.

Pour conclure cette présentation, je voulais revenir sur l’unité de style qui caractérise votre ouvrage : vos articles prennent le plus souvent la forme de débats très serrés et pointus avec des contradicteurs, et vous y prenez la peine de répondre, point par point, argument par argument, à ce qui se dit de la psychanalyse aujourd’hui dans le champ social. Votre écriture est celle d’un ferrailleur – c’est un compliment ! – qui ne lâche rien sur la cause freudienne.

 

Votre propos est clair, distinct, sans jargon ; vous rendez audible la psychanalyse lacanienne pour l’esprit honnête – c’est pourquoi il est réjouissant que ces articles, écrits initialement à destination des analystes, puissent trouver un public plus large et faire œuvre, nous l’espérons, « d’éduction freudienne du peuple français » (pour reprendre les termes de J.-A. Miller). Cet ouvrage fait leçon – du moins, en ce qui me concerne – en ce qu’il démontre en acte que le psychanalyste ne saurait rester enfermé dans sa tour d’ivoire, ni se contenter d’opposer le mépris ou le silence aux attaques que subit la psychanalyse, aussi violentes, niaises ou injustes soient-elles. Il en va de l’existence même du discours analytique. Afin que le champ ouvert par Freud ne se referme pas, vous rappelez à propos que la responsabilité du psychanalyste est impliquée. 

 

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COMMUNIQUÉ DE LA PRÉSIDENTE DE L’ECF
Paris le 7 décembre 2017

Judith Miller nous a quittés dans la nuit du 6 au 7 décembre. Présidente du Champ freudien, elle a consacré sa vie à la diffusion de la psychanalyse. Notre dette est immense.

L'École de la Cause freudienne adresse ses condoléances attristées et sa profonde émotion à son époux, Jacques-Alain Miller, sa fille Eve, son fils Luc et ses petits enfants.
Christiane Alberti,

Présidente de l’ECF

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TDA/H OU L’ENFANCE CONFISQUEE

 

Le 29 septembre a eu lieu la seconde journée sur le trouble de l’attention et de l'hyperactivité. Organisée par l’association Hypersuper TDAH France, les laboratoires CLIPSYD et l'université de Nanterre en la personne de son recteur Jean Claude Ramus, fervent défenseur de la cause TDAH. La passe d'armes, une semaine avant, par courrier et blog interposés entre ce dernier et des membres de l’association Pour la psychanalyse est un dupliqué de celle qui se joue depuis un certain temps déjà entre les associations et écoles de psychanalyse, et certaines autres  relatives à l’autisme. Les arguments contre la psychanalyse sont les mêmes (“ca fait cinquante ans que etc.), on retrouve aussi les mêmes protagonistes ou qui suivent l'affaire (Sophie robert et alii)

A la suite de cet échange, les membres de l’association Pour la psychanalyse ont été arbitrairement désinscrits de la journée et se sont vus défendre l'accès aux conférences. Moyennant quoi ils ont tenu meeting devant l'entrée.

L'association des psychologues freudiens qui a signé la pétition Pour la psychanalyse inscrit son action dans le sillage de ce, celles et ceux qui ouvrent au désir plutôt qu'à sa contention. Les modèles sociaux qui s’en déduisent ne dessinent pas du tout la même planète, quant au futur. L’enjeu est donc de poids, enjeu que clarifie chacun des trois textes suivants. Leurs signataires en sont :

Patrik Landman, psychiatre, psychanalyste, président et initiateur de Stop DSM, Juan Pundik, psychiatre, membre de la SLP-AMP, président et fondateur de Filum (association pour la prévention de la maltraitance de l’enfance) et de la plateforme internationale contre la médicalisation de l’enfant, José Ramón Ubieto, psychanalyste membre de la SLP-AMP  et Danielle Levy, Pédopsychiatre.

Le bureau de l'association des psychologues freudiens

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